4. L’animal !

L’écureuil passe un temps considérable à collecter pour l’hiver des friandises qu’il cache dans des trous connus de lui seul. C’est sans doute pourquoi l’image de cet animal inoffensif, charmant, vif et doux a été choisie par la Caisse d’épargne comme emblème, offrant aux salariés, aux traîne-misère, aux petits épargnants que nous sommes cette métaphore en miroir. On peut s’aventurer sans risque à penser que le public fait clairement la relation entre l’atavisme de ce petit mammifère rongeur et le fait d’amasser un petit pécule âprement gagné pour parer aux coups durs... Ce que l’on sait peut-être moins, c’est que, l’hiver venu, notre écureuil ne retrouve pas la plupart des endroits où il a caché ses réserves de nourriture. Vous me direz : c’est peut-être aussi la raison pour laquelle la Caisse d’épargne, « banque de détail pour les particuliers, les professionnels, les entreprises et les associations », a choisi —avec ce cynisme achevé d’être tout à fait honnête— ce sciuridé comme ambassadeur. On le voit : la Caisse d’épargne sait manier l’image et le symbole pour conquérir les faveurs de clients toujours plus nombreux. Or, elle lance aujourd’hui deux nouveaux contrats Assurance-vie : l’un qu’elle baptise Yoga et l’autre Aïkido. Oui, ils ont osé. Si la CE utilise à l’attention du grand public l’image de l’aïkido c’est qu’elle est efficiente (les cols blancs ne font rien à la légère) et qu’elle suppose une adhésion immédiate de monsieur tout le monde à l’équation aïkido = assurance-vie. Yoga et Aïkido deviennent ainsi chez eux de jolis noms marketing qui sonnent à l’oreille, doux à entendre et faciles à retenir, et surtout propres à encourager l’avaricieux le plus pingre à lâcher les cordons de sa bourse et se délester de ses louis d’or dans le but d’assurer ses arrières en cas de trépas. Ce procédé est suffisamment étrange pour que l’on s’y arrête car il renvoie à une certaine image au spectre large que le tout-venant se fait tant du Yoga que de l’Aïkido. Mais d’abord de quoi s’agit-il ?
  • « Yoga : Votre capital est 100% sécurisé. Avec un taux minimum de 2,50% pendant 8 ans sur votre versement initial et un taux minimum de revalorisation est fixé pour vos versements de l’année en cours »
  • « Aïkido : En plus de la sécurité du fonds en euros rémunérés, vous profitez du potentiel de performance des marchés financiers : 20% de votre premier versement est investi vers un choix de 3 supports financiers (supports en unité de compte). Et chaque année, les plus-values réalisées sur ces supports peuvent être automatiquement sécurisées sur le fonds en euros. »
(Citations extraites du courrier promotionnel) Associer un contrat d’assurance-vie à des pratiques physiques telles que le Yoga et l’Aïkido, soit. Elles contribuent à nous assurer une certaine hygiène de vie, et même, si l’on s’y adonne, une longévité quasi-certaine et conforme au principe « mens sana in corpore sano ». C’est leste mais bon, on admettra qu’au pinacle des sports dignes de garantir une existence durable, on verrait mal la bourle que le petit jaune ou la bière arrosent trop souvent (selon les heures du jour) ou le Vale Tudo ? forme de combat libre née au Brésil au XXe siècle, où les combats ne sont régis que par un minimum de règles et restrictions ? ou l’Ultimate Fighting, qui s’en inspire. Je précise que ces deux contrats sont accessibles à partir de 1 500€. Ce qui peut être intéressant pour déterminer le cœur de cible de cette publicité. Autrement dit, il faut déjà en avoir à gauche pour y émarger, ce seuil excluant d’emblée les Rmistes (RSAistes ?), les revenus précaires, intermittents de la vie, etc. Autre point d’entrée digne d’attention : le distinguo entre les deux contrats. L’un, « Yoga », se présente comme le confort absolu de la sécurité. Que l’on pourrait résumer par une formule chantée à tue-tête sous d’autres horizons le « zéro tracas ». Pas d’embrouille, juste une petite contrainte : un versement annuel plancher. Mais c’est normal : le yoga connaît aussi quelques contraintes, que l’on songe seulement à Vkrasana[1] (position de torsion) par exemple. On se fera donc une raison car on n’a rien sans mal. Même chose en ce qui concerne l’aïkido : la sécurité d’abord. N’est-ce pas là une des motivations les plus souvent évoquées pour nombre de ceux qui s’engagent dans la pratique d’un art martial ? Mais, de même que dans l’aïkido on utilise la force de l’adversaire pour le neutraliser et se protéger, il s’agit ici d’utiliser le « potentiel des marchés financiers » à son profit. Oh ! Fort raisonnablement, car les petits épargnants sont des êtres craintifs, comme les écureuils, et c’est donc à hauteur de 20% des versements annuels que des sommes seront hasardées avec l’espoir qu’en fin d’année on puisse prestement aller les placer au fond du trou d’un arbre en pleine forêt… Ce que l’on sait peut-être moins, c’est que, l’hiver venu, notre écureuil ne reconnaît pas la plupart des endroits où il a caché ses réserves de… PS : Arghll ! Rebondissement ! Et c’est bien d’un écureuil de rebondir ! Les contrats en question ont pour « cœur de cible » les seniors (plus de 55 ans). "Comment satisfaire les besoins de ses quelques 11 millions de clients seniors ?", s’interroge la Caisse d’Epargne avec aménité… Si cela est bien vrai, c'est un élément de plus à prendre en compte dans l’analyse de l'image supposée véhiculée par l’aïkido. Aïkido : ""Sport" de senior" ? Cela donne à penser !