Aïkido verbal : c’est la meilleure !!!

On savait le libéralisme capable de faire feu de tout bois. Nos colonnes ont évoqué en leur temps le compte "Aïkido" que la Caisse d'Epargne a jugé bon de créer pour nous autres pauvres petits épargnants. Ce compte est censé assurer tout le confort et la souplesse face aux aléas de nos modestes existences qui, soit dit en passant, méticuleusement additionnées, se chiffrent tout de même en milliards d'euros... Nous, qui pensions, sans doute à tort, que l'Aïkido est méconnu et pas très vendeur, nous étions déjà étonné de voir ce concept utilisé comme nom d'accroche pour vendre un compte. Voici que je trouve dans un échotier lyonnais(1) une brève sur une formation à l'"Aïkido verbal" au secours du management. On sait comment la moulinette américaine, si propice à tout magnifier à nos yeux d'occidentaux, a su remâcher cette technique de commandement, avançant et conquérant le territoire sous le couvert de la formation des cadres, pour la mieux mettre au service de la manipulation la plus crasse. Seuls les milieux qui en ont encore besoin aujourd'hui pour exécuter quelques basses exactions nouvelles envers les pauvres petits salariés peuvent s'offusquer d'un tel jugement à l'égard du management, jugement qui n'est au fond qu'un truisme. Or, toujours sous la forme d'une formation, voilà que l'on nous propose de l'"Aïkido verbal". Mais pour quoi faire, grands dieux ???? Cet "atelier" - sans doute pour lui donner un air plus concret l'affuble-t-on d'un vocable habituellement réservé aux lieux que fréquentent habituellement les ouvriers (!) -  s'adresse aux entrepreneurs en vue de leur assurer la réussite commerciale. Cette discipline a été choisie par le gentil animateur parce qu'elle vise à réduire une tentative d'agression à néant et sans combat puisque celui-ci cesse au moment même où il commence. Sur les conseils de Luke (ça ne s'invente pas... Non pas Lucky), les participants s'entraînent donc au combat rhétorique :  ils exercent leur sourire intérieur pour encaisser la critique, plus vite que leur ombre, déjouent les mots pour déstabiliser l'autre afin de libérer ensemble une énergie harmonieuse, avoir une conversation agréable... Et ainsi ne plus jamais être lonesome ni cowboy. Bref à présent pour eux, la bisbille ne passera plus. Avant de conclure notons tout de même que l'article ne dit pas en quoi cet apprentissage à la béatitude et à l'empathie aidera nos (futurs) entrepreneurs à assurer leur "réussite commerciale" sinon peut-être en leur suggérant de sourire obstinément aux clients par eux abusés venus incontinent présenter leurs réclamations... On en reste sans voix... mais, comme on dit à Lyon : on n'arrête pas le progrès ! (1) Le Progrès N° 51463, Dimanche 17 mars 2013, édition de Lyon-Villeurbanne-Caluire, Page 25, 8e arrondissement.