Grand écart (Carte postale de Lyon)

LYON, le dimanche 29 avril 2018

De gros nuages gris-bleu stationnent obstinément sur nos têtes —ou se succèdent-ils ? — tandis que des corneilles que les brusques rafales enivrent rayent le ciel encombré. Le bateau-mouche S.S. Catherine – Rotterdam fait escale près du Pont de l’Université. Un vent chafouin contrarie le cours habituellement imperturbable du Rhône. Les remous paresseux ont cédé la place à des vaguelettes furieuses et désordonnées. Les cygnes ont déserté le fleuve : trop de vent, trop de mouvements pour leur gracieux déplacements et leurs longues rémiges…

Une planche solitaire passe que bousculent les flots. Direction : Méditerranée ! Arrivera-t-elle à bon port ?

Je pense bien à vous depuis Lyon et il me tarde de reprendre l’aïkido dès mon retour. Je ronge mon frein en dessinant… devinez-quoi ? de l’Aïkido bien sûr ! Je croque de mémoire (rémanence du phosphore rétinien !) des visions de vous sur le tatami avec plus ou moins de succès. Mais j’observe que mon travail est différent des séances de croquis sur le motif. Cela m’amène à me préoccuper davantage du dessin lui-même et des gestes précis nécessaires pour les réaliser. Cela me permet aussi d’essayer d’autres manières de faire.

Le long du quai, malgré le vent et la pluie qui menace, tout un peuple lyonnais bigarré se promène. Ceux qui n’ont pu quitter la capitale à l’occasion du ouikènede. À pied, à vélo. Des lieux dédiés à du training sportif, à des jeux pour enfants, à des terrains de volley se succèdent. Je croise des chapelets de joggueurs qui s’époumonent et filent le parfait amour d’une souffrance qui leur tire les traits, souffrance que compense en partie l’euphorisante endorphine et cette idée, saugrenue mais tenace, qu’ils se font du bien en se faisant objectivement du mal.

Nous voyons des choses merveilleuses à Lyon : aujourd’hui, nous sommes retournés au Musée gallo-romain sur la colline de Fourvière. Voici deux exemples qui m’ont touché :

L’exactitude et le rendu des modelés ainsi que le naturel des poses m’ont sparadré. Leçon d’humilité pour moi… Mais, quittons un instant Lyon : j’ai fait récemment une découverte qui me ramène à l’Aïkido et à vous.

Je savais déjà que je n’étais pas le seul à réaliser des dessins d’Aïkido, d’autres que moi d’ailleurs publient de ces dessins, par exemple, sur la page Facebook du « Printemps de l’Aïkido » ou sur celle d’« Aïkido France » comme Quyen Le, de Cologne (Allemagne). Mais j’ai appris récemment que nous avions un illustre prédécesseur en la personne de Georges Brunon (1925-2016). Peintre et ami d’Yves Klein, il se forme en compagnie de César, Dimitrienko, Kawun, mais rompant avec l’abstraction, il « refuse de renoncer au spectacle du monde ». Il serait trop long d‘évoquer ici son œuvre, sa carrière et la fondation qu’il a créée de son vivant et qui existe encore. Ce qu’il faut savoir c’est qu’il a pratiqué l’Aïkido et en particulier le Kinomichi sous la direction de Maître Noro dans les années 70. De cette expérience, il a dessiné l’Aïkido et publié des écrits sur le sujet. Je vous invite donc à suivre ces liens pour découvrir cet artiste et quelques-unes de ses œuvres

Son site www.georges-brunon.fr/ ne semble plus en fonction, malheureusement. Mais vous consulterez utilement :

On a levé la passerelle du S.S. Catherine, véritable monde flottant, il appareille : le départ est imminent et sa masse énorme quitte lentement le quai pour prendre son erre en descendant le fleuve à la suite de la petite planche. Il se moque bien du vent, des vagues et du courant et fait la nique à l’enjambement vert anglais du Pont de l’Université afin d’amorcer un demi-tour comme à la parade. Plusieurs hommes de quart se trouvent sur le toit parant à la manœuvre. Une illusion d’optique me fait croire qu’il fait toute la largeur du Rhône (renseignement pris il fait 136 mètres de longueur). Des canards aventureux se précipitent sur le lieu de son départ quêtant quelques nourritures que les remous auraient libérées…

On peut difficilement être plus présent à Lyon physiquement tout en y étant plus absent en pensées... Et pendant ce temps, dans les salons brillamment éclairés du S.S. Catherine-Rotterdam, on danse. À très bientôt !

Dominique,

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