Journal d'un débutant - Saison 4 :
21. Le jour où Ho devint Po

Ce conte de la Saint Valentin est l’histoire d’une métamorphose. De toutes les histoires, ce sont toujours les plus belles.
Il était une fois, dans un dojo de la France septentrionale, un aïkidoka du nom de Ho.
Enjoué, de cette humeur égale qui est la marque des vrais amis, copain avec tout le monde, secrétaire du dojo de surcroît, il menait une petite vie tranquille, ponctuée çà et là d’événements à la hauteur de ses ambitions, une ceinture noire par-ci, La Bande à Rosendaël par-là… Jusqu’à ce qu’un jour qu’il était en compagnie des bons bougres et partenaires de tatami X., Y. et Z. (nous avons masqué leur nom par ces lettres), il les invita à manger un plein plat de ratatouille à la graisse d’uke transi, afin de combler, disait-il, leur appétit pantagruélique qui n’était jamais en reste.
Ici, un peu de civilisation ne nous fera pas de mal : la ratatouille, parfois accompagnée de foie de génisse au miel, de reins d’alpaga en saumure à la confiture de fraises et de crêtes de coq grillées en salade, est un mets très prisé chez les aïkidokas de cette région proche du pôle Nord. Bien connue déjà du temps des Romains, ses vertus revigorantes, dynamisantes, tonifiantes et bouleversifiantes sont incontestables et Dieu sait comme l’on a besoin d’être revigoré, dynamisé, tonifié et bouleversifié pour tenir le coup dans ce dojo-là. Songez donc : un dojo principalement fréquenté par des rejetons de Vikings !
Seulement voilà ! Tout au plaisir de se restaurer, Ho, quel étourdi, n’avait pas réfléchi. Ses amis et lui n’avaient pas pris garde que ce jour-là n’était pas n’importe quel jour : c’était le jour des amoureux ! Et Ho ne savait pas que l’absorption d’un tel mets, combiné avec la Saint Valentin, constituait un philtre magique puissant dont les effets secondaires étaient irrémédiables. Si bien que, brusquement, nos compères se trouvèrent, non pas changés bêtement en grenouilles —comme si ! — mais en Télétubbies(1) , ce qui, en un sens, est beaucoup mieux. X. se trouva changé en Tinky Winky, Y. en Dipsy, Z. en Laa laa et Ho en Po. Pour vous donner une idée des vrais Télétubbies, les voici :

Fig. 1 : Les Télétubbies de la série britannique.
Naturellement, tous reçurent en échange les qualités de chacun de ces personnages : X. alias Tinky Winky resta certes garçon mais il devint le plus doux et le plus affectueux des compagnons. Dès lors, grand et à la robe de couleur bleu violette, il s’émut pour un rien et n’eut de cesse de sentir les fleurs de la colline. Adorant son sac à main rose, il l’emporta désormais partout avec lui lors de ses promenades, chantant à tue-tête la chanson des Télétubbies (le célèbre tube : Tête, Épaules, Genoux, Pieds) et acquit ainsi la jambe alerte et un bon pas de danse. Y. alias Dipsy, à la tenue verte, eut dès ce jour le visage noir avec une antenne toute droite sur la tête. Z. alias Laa laa, au costume d’un joli jaune canari, se transforma en une petite fille toute simple pourvue d’une antenne en boucle et d’un gros ballon orange. Quant à Ho, il devint Po, rouge de la tête au pied, se mit à chausser lunettes et, chose curieuse, que l’on ne voit malheureusement pas sur la photo ci-après, ne se déplaça plus qu’en trottinette.

Fig. 2 : La Bande à Rosendaël.(2)
De ce conte, où le merveilleux et la fantaisie le disputent à la consternation de nos lecteurs, on retiendra surtout que l’étourderie conjuguée au hasard peut parfois bien trousser les choses. Car depuis ce jour, nos compères vécurent heureux, dans le meilleur des mondes, et eurent, pour le rester, le moins d’enfants possible.
Saint Valentin, 14 février 2010
PS : Sauriez-vous retrouver Ho/Po sur la photo N°2 ? Et sauriez-vous reconnaître les autres personnes, sous les costumes ?
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(1) Les Télétubbies (Teletubbies) est une série télévisée britannique pour la jeunesse, créée par Anne Wood et Andrew Davenport et produite par Ratatouille Productions. Composée de 365 épisodes de 25 minutes, elle a été diffusée du 31 mars 1997 au 5 janvier 2001 sur le réseau BBC.
(2) Toute ressemblance avec une personne réellement existante ou ayant existé relèverait d’un coup du hasard ou d’un accès d’étourderie ou des deux.