Quand le Berrichon part le Corse erre

Tandis que d’aucuns, courageux  , pratiquent l’aïkido jusqu’à plus soif au point de suer sang et eau sous le burnous, d’autres, oublieux de tout devoir, cèdent au départ, à l’abandon, au lâcher prise, à l’absence, en un mot à la vacance… Je veux parler de la diaspora estivale qui déplume nos rangs sur le tatami.

Cette année encore, elle frappe notre club dans ses œuvres vives : notre enseignant référent et notre secrétaire préféré se sont ainsi égaillés l’un dans le Berry, l’autre au Cap Corse. Leur mauvaise conscience consécutive de tels mauvais coups leur a enjoint ―sans doute, pour atténuer notre sentiment de déréliction et apaiser notre courroux légitime― de nous adresser une carte postale.

Or, dans notre esprit cartésien, logique, rigoureux, une carte postale se définit par une image (photo ou dessin) significative du lieu où l’on se trouve et d’où part ladite carte et d’un texte ―oh ! pas bien long ! ― exprimant la joie, le bien-être, le plaisir d’être là et pas ailleurs, ou encore l’impatience de bientôt revenir. Les plus bavards iront jusqu’à une courte description de leur environnement et de ce qui en constitue à leurs yeux l’infinie féerie. C’est du moins, d’un point de vue strictement objectif et sociologique, ce que nous avons pu observer à la lecture de ces outils de communication dont usent nos contemporains, particulièrement pendant l’été. Vous aurez bientôt l’occasion de juger en votre âme et conscience de la qualité iconographique et informationnelle de celles que notre Berrichon d’emprunt patenté et notre Corse de cœur en herbe nous ont adressées.

Toutefois, une petite digression s’impose, apportant des éléments de contexte pour atténuer ce qui risque fort d’être, sinon un choc, du moins une certaine frustration.

Le Berrichon partage avec le Corse le poil dur et dru, l’âme noire, le cheveu poivre et sel, le front bas, le regard fier et ombrageux, la jambe courte et avantageuse et surtout, plus que tout, le verbe taiseux. En effet, l’un comme l’autre ne s’embarrassent que de l’essentiel, et encore, en le traitant de façon expéditive. Le commerce de l’un s’en trouve facilité tout comme l’est celui de l’autre car à leur approche, on sait tout de suite ce qu’il en est. Leurs Uke ne me démentiront pas.

Mais alors à quoi les distingue-t-on ? Il doit exister des différences. Naturellement, les premières choses qui viennent à l’esprit sont les plaines céréalières infinies dans lesquelles joue l’un et qui se démarquent nettement des montagnes déchiquetées qui, pour l’autre, trempent les pieds dans l’eau. Mais, plus encore, le Pâté de Pâques, le Jau au sang, les galettes de pommes-de-terre, les œufs en couille d’âne, la salade de chavignol chaud et autres Beugnons, Sanciaux et Millats de l’un n’ont rien à envier au prisuttu de l’autre, à son Pastis Dami, sa Pietra, sa coppa, son Lonzu, à son figatellu, son Bastilicacciu, son calinzanicu, son niulincu, son sartinesu, ses sardines à la bastiaise, son nicci ni à son cabri en sauce et sa polenta, ni enfin aux canistrelli. Encore n’est-ce là qu’un petit échantillon de ce qui les distingue, échantillon que nous avons emprunté au seul domaine de la gastronomie.

Cela étant posé, venons-en aux cartes que nos amis ont si courtoisement envoyées afin de nous transmettre, dans le feu de la passion ―du moins peut-on le supposer ― leurs meilleures amitiés. Vous pourrez ainsi juger de la puissance évocatrice des images choisies et de leur talent épistolier.

Du Berry, au verso :

Petite dédicace aux copains : tir nocturne

De Corse, au verso :

Bonjour la compagnie, Un petit coucou de la Corse. Tout est ok. J'espère que vous allez bien. Bises

Vous me direz qu’on ne voit rien. C’est normal. Dans la première, il fait nuit et dans la seconde Patrice fait de la plongée sous-marine !

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