3. Flash back 22 juin 2010 : Un bleu à l’âme, un espoir naît

Il ne devrait pas y avoir de passage de grade un 22. Un 22 ! ...Christophe, lui-même, qui œuvre pour l’Intérieur, avait senti que ce n’était pas une bonne date : pensez ! Un chiffre pareil ! En plus, 2+2 et nous qui étions 4 à le passer ! Qui pis est une 22 juin, jour de huitième de finale de Coupe du monde de football, tout juste après la défaite des bleus face à l’Afrique du Sud (1-2). Passer le grade au moment même où ils montaient dans l’avion qui devait les ramener chez eux ! Tant de coïncidences troublantes, de signes avant-coureurs auxquels j’aurais dû être attentif… (rires) Bon, commençons par le début : je sais que je vais décevoir et j'en demande par avance pardon à mes supporteurs mais je n’ai pas eu le 1er kyu. Je ne suis pas triste, ni déçu, ni contrarié. Je suis soulagé que cela soit passé. Après une période d’intense concentration sur cette échéance, je me sens à nouveau l’esprit libre et me remets à penser à autre chose et … à écrire. À l’heure où M. Domenech évoque ces états d’âme que lui inspire la défaite de son équipe, je me permet d’évoquer les miens : je ne suis pas triste parce que j’ai vraiment préparé ce grade tout au long de l’année et que, si je ne l’ai pas eu, c’est que je ne pouvais pas faire mieux à ce moment-là. Les efforts m’ont permis de progresser mais ils n’ont pas suffi, simplement. Je ne suis pas triste ensuite parce que, si j’ai préparé mon grade, je me doutais que je n’étais pas au point sur tout. Et donc qu’un échec était toujours possible. Je m’y étais préparé mentalement même si le jour venu, sur le tatami, j’ai tout fait pour assurer la meilleure prestation possible. Enfin, on ne se voit pas soi-même et ce sont mes professeurs qui jugent. Or, à leur avis, « c’est trop juste pour un grade qui est l’antichambre de la ceinture noire. Ce ne serait pas rendre service au pratiquant que de lui attribuer un 1er kyu sans que les fondamentaux soient assurés car c’est ce qui, sera réclamé au passage Shodan ». Je leur fais confiance. Ce sont eux qui m’ont amené là où je suis ; ce sont eux qui sont les mieux à même de juger si je suis apte ou pas à « passer la rampe ». Ils me donnent six mois pour corriger mes imperfections et repasser l’épreuve. C’est pourquoi je pense que les termes de cet échec sont relatifs et donc plutôt encourageants moyennant un travail précis. J’ai donc gagné la « partie gratuite », le droit de recommencer. La possibilité de continuer, de m’entêter. Tout espoir reste permis. N’est-ce pas du bonheur ? Tout cela n’enlève rien aux doutes qui continuent de m’assaillir, naturellement. Est-ce que physiquement je serai à même de surmonter les difficultés que j’ai encore à chuter ? À me déplacer en suwari waza ? À me placer convenablement pour faire face aux attaques ? Mais, j’imagine qu’il faut apprendre à vivre avec ces doutes qui nous permettent de rester en alerte. Qu’il n’y a pas de réelle possibilité d’y échapper. Et que c’est peut-être un gage de survie. Enfin, et c’est peut-être le plus important, j’ai partagé cette aventure avec trois amis, l’un d’eux est passé, haut la main ! En voilà un qui ira loin car les bases sont solides, il est jeune, souple, propre dans l’exécution des techniques… Il offre de l’aïkido un spectacle qui réjouit. Les deux autres, comme moi, devront se représenter plus tard, pour des raisons très différentes des miennes et qui témoignent que chacun de nous a ses difficultés propres comme ses qualités. C’est étrange : il me semble tout à coup qu’un échec à plusieurs est moins dur à vivre que dans la solitude. Allons, courage ! Tout espoir n’est pas perdu !Vous me direz que je ne me suis pas trop cassé la tête pour écrire ce papier puisqu’il est composé de ce que vous avez bien voulu faire savoir vous-mêmes par vos réponses aux membres du club. Mais c’est là sa moindre vertu et c’est à qui écoute d’en faire son profit.