Dragon magazine N°11 : la vache et le budoka

On trouvera dans la publication Dragon magazine N°11 de mars-avril 2014 de nombreux articles intéressants. Je ne peux rendre compte de tous. D’ailleurs, la façon de lire est tout sauf linéaire et dépend de chacun. Ainsi s’exerce-t-elle de façon sélective selon des choix qui se cristallisent autour de nos préoccupations propres. Pour ma part deux articles ont retenus mon attention. Le premier sur Minoru Mochizuki, une interview, « post-mortem » puisqu’il est décédé en 2003, reprenant des anecdotes sur sa vie auprès de Ueshiba Morihei. En effet, Minoru Mochizuki, judoka, avait été choisi par Jigoro Kano pour étudier l’Aïki Jujutsu avec le fondateur de l’Aïkido. Derrière cette étude se cachait une mission bien spécifique, espionner O sensei. Il est vite devenu Uchideshi de Ueshiba sensei, au point que ce dernier devait lui proposer sa fille en mariage (!). Il devint le pionnier de l’Aïkido en France jusqu’en 1953 où il fut remplacé par Maître Tadeshi Abe, puis fonda sa propre école au sein du Yoseikan (maison de l’enseignement de la droiture)…   Le deuxième « La sagesse de la simplicité », interview par Léo Tamaki, porte sur Hino Akira, qui a « réussi à être un pont, ouvrant le monde du Budo aux athlètes, aux danseurs, mais aussi aux personnes âgées, aux enfants et aux malades. » J’y ai trouvé – encore une fois cela est très personnel – des réponses claires, directes et simples à mes propres interrogations que peut-être certains d’entre vous partageront : Ainsi : Question : comment gérer les phases d’abattement ? Réponse : En continuant à pratiquer. Ou encore : Q : Quelle est selon vous la durée de pratique nécessaire pour arriver à une certaine efficacité ? R : C’est évidemment fonction de beaucoup de variables, mais je dirais une douzaine d’heures par jour pendant trois ou quatre ans. Aller encore une : Q : Quand lors d’une bagarre votre adversaire saisit, certains experts enseignent qu’à moins d’avoir un haut niveau, la saisie sera conservée de façon réflexe par l’attaquant même s’il est frappé. Qu’elle est votre opinion sur ce point ? R : Ce qui concerne la bagarre ne m’intéresse pas car ce sont des situations entre personnes de faible niveau, et on ne peut en tirer d’enseignements profonds et intéressants.Il vaut mieux que les personnes qui viennent pratiquer en ayant à l’esprit l’objectif de développer une capacité à se bagarrer aillent s’acheter une arme. Sérieusement. Lorsque vous appliquez des techniques, il arrive fréquemment que votre partenaire ait des difficultés à vous lâcher. Ce principe est important. Il consiste à ne pas modifier la situation afin d’empêcher le partenaire de lâcher.   Enfin, je ne résiste pas à citer l’anecdote qui clôt cet article et qui relate comment les qualités de la pratiques martiales peuvent être utiles en d’autres occasions : Il y a une dizaine d’années, un éleveur m’a posé une question. Il avait des vaches et devait les amener au pré, à la traite, etc. Il m’a demandé si je connaissais un moyen efficace de les déplacer avec précision dans un espace réduit. Je crois qu’il s’agissait de l’endroit où il y avait les machines à traire. Et bien entendu il est impossible de tirer ou de pousser un animal de plusieurs centaines de kilos. Je lui ai conseillé de se tenir à un endroit où l’animal pouvait le percevoir mais pas le voir. Quelques temps plus tard, il m’a expliqué que cela fonctionnait très bien (rires). J’avais supposé que les vaches, comme les humains, n’apprécieraient pas d’avoir une personne dans un « angle mort ». Dans la pratique martiale, notre position a une importance fondamentale. Souvent les élèves se concentrent sur les mouvements des bras. Mais en réalité notre position est un élément essentiel du fonctionnement d’une technique. En combat, il n’y a pas le temps d’intellectualiser. Les adversaires ressentent et agissent instinctivement. Comme les vaches ! (rires) À présent, je vous laisse ruminer tout cela (!) et vous renvoie au magazine pour y découvrir les réponses à vos propres préoccupations.