Notion de grade et Passage de grades (François Penin)

Le prochain passage de grades aura lieu le mardi 08 février 2011. Merci de vous inscrire au bureau pour l'organisation....quelques réflexions à lire sur....

Notion de grade et Passage de grade

Comme dans la grande majorité des arts martiaux, l’aïkido comporte un ensemble de « grades » allant du sixième kyu (ceinture blanche) au premier kyu (équivalent à la ceinture marron en Judo) pour passer au Dan avec ses degrés (ceinture noire).

Naturellement, les élèves  sont en droit de se poser un certain nombre de questions quant à leur utilité, leur obtention et leur justification. Les élèves débutants cultivent à la fois une grande curiosité pour ces grades et, dans le même temps, ne cessent de poser la question : est-il bien nécessaire de passer des grades pour pratiquer ?

À celle-ci, je réponds que chacun est libre, que les motivations de chacun sont propres mais qu’à un instant, on ressent tous le besoin d’être en mesure de se situer dans la « voie ». La perception des progrès accomplis ne peut être acquise qu’après assimilation d’une échelle de valeur et de sa compréhension. C’est à cette exigence que répondent les grades et leur passage. Au surplus, pour le pratiquant, quel qu’en soit le grade, comme pour l’enseignant le passage de grade a l’avantage de construire objectivement une échelle de valeur commune qui permet  l’intégration à l’ensemble des pratiquants.

C’est pourquoi la première chose que j’entreprends avec mes débutants, consiste à décomposer cette  classification et à aborder la méthodologie de passage.

Les grades : Une progression en deux phases

En effet, le pratiquant passera par deux étapes, la première au cours de laquelle son enseignant pourra évaluer et valider le grade au sein du dojo : du 6ème kyu au 1er kyu. Puis une seconde étape au cours de laquelle l’élève devra acquérir le grade de ceinture noire et ses degrés lors d’un passage devant un jury régional ou national agréé.

Après avoir expliqué que le passage de grade et sa « sanction » par l’obtention du kyu ou du dan représentent avant tout une validation des acquis techniques à un instant donné de la pratique, j’aborde le fond et la forme du passage

Fond et forme du passage

Je reviens ainsi sur le schéma de connaissances techniques demandées pour les différents grades en reprenant notamment le contenu des livrets mis à disposition des pratiquants par la fédération.

Le fond étant abordé, vient ensuite l’explication de la forme à savoir : comment se passe le passage de grade, les modalités et critères d’évaluation.

Je prends alors le temps d’aborder la grille d’évaluation qui me sert lors des passages au sein du dojo et faire le parallèle avec les modalités de passage des jurys de ceinture noire, telle qu’elles nous sont définies en école des cadres.

Ainsi, je reviens sur les trois critères importants :

* La connaissance formelle des techniques ;
* La construction des techniques ;
* Le respect de l’intégrité.

Connaissance formelle et construction des techniques

En général, pour les pratiquants les deux premiers critères sont simples à appréhender.

Je présente la connaissance formelle des techniques comme la capacité à différencier les attaques, les techniques et les formes Ura ou Omote dans la pratique.

Pour la construction, ici encore il est aisé de l’aborder à travers la décomposition des temps de la technique  : entrée, déséquilibre et gestion du déséquilibre dans l’exécution technique, finalisation par le contrôle ou la chute du partenaire.

Respect de l’intégrité

Le dernier critère, le respect de l’intégrité, est quant à lui plus difficile par expérience à assimiler. Afin de ne pas compliquer la perception de ce concept, je l’aborde graduellement en fonction des grades présentés et de la maturité technique.

-        Pour un débutant, elle consistera principalement dans le concept de protection de son corps et de celui d’autrui à travers des critères observables simples : ma pratique est elle susceptible de générer des douleurs pour moi (ex : dans les chutes) ? Ou pour mon partenaire (ex : par brutalité) ?

-        Pour des pratiquants plus avancés, je la présente sous un aspect de martialité complémentaire : ma pratique, mon positionnement me permettent-ils d’éviter les risques d’atémis, par exemple, avec comme critères observables : la distance, le regard et la perception de l’environnement.

Le passage de grade n’est pas un sacre mais sert à établir un dialogue maître-élève autour de la progression de l’apprenant.

Globalement, il me parait important de faire comprendre l’intérêt du passage de grade sans pour autant le sacraliser. Il doit permettre à chacun d’évaluer objectivement, en toute sérénité, l’état d’avancement de sa pratique et de faciliter la compréhension technique des élèves.

Un outil de contrôle de mes cours

Pour ma part, en tant que professeur, il me sert aussi à vérifier le travail d’enseignement accompli. Le plus souvent les passages de grades se font par niveau et avec l’ensemble des élèves du cours. En effet, il est toujours difficile de percevoir les progrès accomplis par un individu, pris isolément, en l’absence d’une mise en situation systématique à laquelle l’ensemble des élèves du cours participent. Le candidat peut ne pas être au mieux de sa forme. Peut-être, ne parviendra-t-il pas à gérer un stress supplémentaire mis ainsi « sous les feux de la rampe », etc.

En revanche, les facteurs d’environnement au cours de passages collectifs donnent des indications importantes. Ainsi, Les performances des individus au sein du groupe sont-elles valorisables car elles indiquent clairement les problèmes rencontrés par les élèves ou à l’inverse les résultats positifs d’un axe de travail pédagogique. Je peux ainsi vérifier si la logique des constructions des cours permet l’acquisition de celles-ci par les élèves ou si le thème devrait être abordé sous un autre angle pour faciliter cette acquisition.

En tirant les leçons du bilan global, je peux déterminer les actions correctives à engager dans les prochains cours et réfléchir sur la cohérence des exercices proposés....

Construction d’un outil de dialogue avec les élèves sur l’évaluation

La mise en place d’une matrice simple m’a permis à la fois de faciliter et homogénéiser l’évaluation lors du passage de grade, mais aussi de fournir une grille d’observations et d’axes de travail qui sert de retour à l’élève à partir de sa prestation.

En effet, celui-ci ayant fait l’effort de se présenter au passage et de le préparer, j’estime qu’il convient de lui proposer en retour des pistes de réflexion sur sa pratique à partir de critères concrets.

L’utilisation de cette grille me permet aussi de limiter ou corriger la partie « émotionnelle » ou subjective de mon jugement et de privilégier l’objectivité sur l’évaluation des compétences. Il est toujours plus difficile de refuser un grade que de le donner, si celui-ci n’est pas basé sur une observation la plus objective et positive possible.

Conclusion

En conclusion, je peux dire que le thème du passage de grade pourrait résumer à lui seul le terme « enseigner ». En effet, enseigner constitue une transmission du savoir que l’on évalue dans le cadre de ce passage. Mais l’analyse du déroulement du passage et la réflexion qui en résulte ne portent pas seulement sur les forces et les faiblesses du pratiquant mais elles nous amènent à considérer comment aider à l’acquisition de ce savoir. Où, donc, enseigner et évaluer constituent le cercle vertueux du progrès des élèves et du maître sur la « voie ».

Extrait Du dossier de VAE brevet d'état d'éducateur Sportif du 1er degré - F.PENIN- juin 2010

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